Handicap et Addictions

Le 26/06/2025 nous parlions de :

■ L’addiction ? Elle concerne tous types d ‘individus, et des millions de personnes en France. Selon Santé Publique France, 3 millions de personnes seraient concernées par une addiction à l’alcool, 13 millions au tabac, ou 1.5 million aux drogues. Les addictions, ce sont donc celles de la consommation de substances ou autres
consommables, mais ce sont bien sûr aussi celles des comportements : liés aux écrans par exemple, aux technologies, au jeu…
Elles peuvent être multiples, extrêmement différentes chez chacun, et avoir des conséquences complexes, voire importantes.

Commençons par parler d’addiction

  • Dans le DSM-5-TR, l’addiction est repérée sous l’appellation Trouble de l’usage de substance (Substance Use Disorder, SUD) ou trouble lié au jeu d’argent. Cela rassemble toute addiction associée à l’usage d’une substance comme les médicaments, drogues, alcool et jeu.
  • Le DSM-5-TR distingue les troubles de l’usage et les troubles induits. Le plus souvent concomitant, le premier concerne les modes d’usage problématiques et le second les syndromes comportementaux causés par les effets de la substance qui peuvent entraîner des séquelles selon 4 situations :
    • Un effet aigu dû à la consommation
    • Un effet aigu dû au sevrage
    • Un effet secondaire d’un médicament non lié à la l’intoxication par la substance ou le sevrage
    • Un effet qui persiste après correction des symptômes

Pourquoi distinguer les SUD et les troubles induits ?

  •  Pour préciser l’origine du trouble ainsi que ses conséquences dans différents domaines de la vie quotidienne (travail, vie sociale, famille, milieu professionnel…).

  • Pour ajuster les prises en charge en fonction des troubles induits

  • Pour faciliter le diagnostic différentiel (identifier la cause réelle en éliminant toute autre hypothèse possible) et l’évaluation de comorbidité.

Handicap et Addictions

Les personnes diagnostiquées avec un trouble mental dit « sévère » (schizophrénie, bipolarité, dépression majeure chronique avec des éléments psychotiques) ont un risque plus élevé de SUD et sont souvent sous-diagnostiquées (5.)

  • Dans la schizophrénie, plus de 50% présentent une dépendance à l’alcool et à certaines drogues et certaines données indiquent jusqu’à 70% pour la nicotine (7.)
  • Presque un tiers des patients avec une dépression majeure ont aussi un SUD (1.)

Et plus largement dans la population de personnes en situation de handicap :

  • De nombreuses études ont montré un risque accru de SUD chez les personnes présentant un trouble du développement intellectuel (6.). Dans une étude de cohorte il a été estimé 82% d’augmentation du risque de présenter un SUD dans cette population (3.)
  • Pour le TDAH, il est fait état d’une comorbidité fréquente avec le SUD avec des données allant de 12 à 58% (4.). Une étude suédoise montre que le SUD est la comorbidité la plus fréquente chez les + de 22 ans (2.)
  •  

Ce que ces données impliquent

  • Les conséquences sont multiples et peuvent être graves : hospitalisations, détérioration cognitive, augmentation du risque suicidaire, aggravation des troubles psychiatriques…

  • Quand un SUD existe il faut donc questionner le handicap au-delà de ce qui est causé par la substance ou son sevrage (trouble induit).

  • Par ailleurs, en présence d’une personne présentant un handicap psychique et/ou un trouble du neurodéveloppement, il est important de rester vigilant sur les comportements addictifs car risque de développer un SUD.

Document rédigé :

 par Lilian VERNAZ, neuropsychologue

Sources

1. Davis L, Uezato A, Newell JM, Frazier E. Major depression and comorbid substance use disorders. Curr Opin Psychiatry. 2008 Jan;21(1):14-8. doi: 10.1097/YCO.0b013e3282f32408. PMID: 18281835.

2.Giacobini, M., Medin, E., Ahnemark, E., Russo, L. J., & Carlqvist, P. (2014). Prevalence, Patient Characteristics, and Pharmacological Treatment of Children, Adolescents, and Adults Diagnosed With ADHD in Sweden. Journal of Attention Disorders, 22(1), 3-13. https://doi.org/10.1177/1087054714554617

3.Påhlsson-Notini A, et al., (2024). Substance use-related problems in mild intellectual disability: A Swedish nationwide population-based cohort study with sibling comparison. JCPP Adv.Feb 18;4(2):e12225. doi: 10.1002/jcv2.12225

4.Pehlivanidis A, et al. (2020). Lifetime co-occurring psychiatric disorders in newly diagnosed adults with attention deficit hyperactivity disorder (ADHD) or/and autism spectrum disorder (ASD). BMC Psychiatry. Aug 26;20(1):423. doi: 10.1186/s12888-020-02828-1

5.Seelen-de Lang B, Jong Cd, Hutschemaekers G, Didden R, Noorthoorn E (2024). TAPS-tool reveals severe under detection of substance use problems in patients with severe mental illness. PLoS ONE 19(7): e0305142. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0305142

6.van Duijvenbode N, VanDerNagel JEL. (2019). A Systematic Review of Substance Use (Disorder) in Individuals with Mild to Borderline Intellectual Disability. Eur Addict Res. 2019;25(6):263-282. doi: 10.1159/000501679

7.Winklbaur B, Ebner N, Sachs G, Thau K, Fischer G. (2006). Substance abuse in patients with schizophrenia. Dialogues Clin Neurosci. 2006;8(1):37-43. doi: 10.31887/DCNS.2006.8.1/bwinklbaur.

http://execo-france.fr